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Quand le problème personnel affecte la performance Imprimer Envoyer
Lundi, 07 Mars 2011 14:38

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QUAND LE PROBLÈME PERSONNEL AFFECTE LA PERFORMANCE

En psychologie sportive, je suis toujours disponible 24 heures sur 24, et ce, pour tous mes joueurs clients. La confidentialité est donc une priorité majeure pour Intelli-Sport. Très souvent, les joueurs ne veulent pas se confier aux entraîneurs. Ils passent donc par moi pour discuter de leurs problèmes. Nous trouvons aussi des solutions pour bien performer malgré ce qui les affecte (problèmes familiaux, scolaires, peines d’amour, blessures, suspensions, etc.).

J’ai assisté à un match élite d’une équipe cliente en février 2008. A la fin du match, on me contacte par cellulaire : une urgence pour un joueur dans le vestiaire : migraine atroce, refus de se changer et le joueur pleure. Il refuse de parler et demande du temps pour décompresser. L’équipe doit quitter après 45 minutes. Or, il reste seulement 25 minutes.

Je sors de ma voiture et retourne dans l’aréna en courant. Si le joueur vit une détresse, je dois me préparer mentalement à l’écouter, analyser et l’influencer suffisamment pour qu’il accepte mon approche. Il veut me parler, mais je dois attendre que les autres joueurs sortent avant d’entrer. Ce qui m’enlève encore du temps!

L’entraîneur, désemparé, m’explique : très bon joueur, mais au neutre depuis deux semaines. Fermé. Triste. Autrement dit, un refoulement en train d’exploser.

Les joueurs sont précipités hors du vestiaire, leur poche à moitié fermée et cheveux encore mouillés. 15 minutes. J’ai déjà trois plans pour ce joueur. Ou je me sers de la situation, ou je panique. J’ai donc choisi la première option. Si je n’arrive pas calmement devant le joueur, comment puis-je lui demander de se calmer?

Lorsque j’entre, un spectacle désolant : le joueur pleure, n’est pas changé et frappe sa tête sur son manteau accroché contre le mur. Comme il tente de se frapper la tête à nouveau, je place ma main entre sa tête et le mur pour qu’elle absorbe le choc. Mais je ne parle pas. Sans parler, il comprend ce que je veux et il arrête.

Faire baisser sa garde est difficile : il pourrait me tuer avec son regard. Je m’agenouille pour être à sa hauteur (je m’entraîne pour rester dans cette position le plus longtemps possible!). Dans ces moments, plus rien ne compte pour moi : seul le joueur existe. Je n’hésite pas et je lui laisse le contrôle : je lui offre deux choix et nous pouvons travailler plus pour lui. Pas AVEC lui, mais POUR lui.

Déjà, il voit mon intervention non pas comme une intrusion, mais comme une nouvelle approche : pas de force, de sermon, de jugement, son entraîneur ne saura rien de ce qu’il me confie, il soupire avec soulagement. Son regard change car il doit faire un choix. Il décide de parler : ce qui lui arrive est très personnel, pas tragique pour moi à 40 ans, mais intolérable pour un adolescent de 16 ans au niveau émotionnel.

Il vide son sac en moins de 5 minutes, parle tellement vite que j’ai peine à le suivre, finit en hurlant et se tient la tête à deux mains. Comme le temps file, je lui enseigne rapidement une technique visuelle pour réduire son mal de tête par des questions-réponses ultra-rapides, en détachant ses patins. Je lui explique son profil, comment il pense mal. Il applique. J’appelle l’entraîneur et je quitte pour qu’il puisse l’aider à se changer, de l’équipement au complet veston. La pression a baissé si vite, l’adrénaline continue de faire effet, autant chez-moi que chez mon joueur.

Avec les parents en vue, nous nous assoyons seuls, moi et mon joueur, dans des estrades vides et éloignées. Tout en dégustant un chocolat chaud, il m’explique que son mal de tête a beaucoup diminué : juste le fait de se confier à une personne extérieure à l’équipe a fait toute la différence selon lui. Il ne pouvait plus tolérer l’idée de penser à son problème et affronter ses entraîneurs sur sa mauvaise performance.

La réalité était la même, mais je lui avais montré, dans l’intensité du moment, à penser autrement. Au niveau mental, même quand on se croit pris au piège, on a toujours des choix : dans le pire de sa crise, le joueur a appris, en quelques minutes, à voir son problème autrement tout en calmant les contraintes physiques de son stress.

Bien qu’il ait quitté en me serrant la main mollement, encore ébranlé, je commençais trois sessions privées avec lui quatre jours plus tard. L’entraîneur n’a rien su du contenu des confidences : il a seulement été avisé que le problème se règlerait, qu’il pouvait faire confiance à son joueur. Sa prochaine partie fut très prolifique, un but et deux passes… malgré une défaite de 8-4! Il a pris conscience de son état mental et quoi faire pour le changer, peu importe la victoire ou la défaite. Pas facile à faire, mais faisable si on veut! Ce fut un joueur transformé.

Encore aujourd’hui, ce joueur me téléphone occasionnellement et m’assure qu’il utilise toujours mes techniques. Et quand je le rencontre dans un aréna, un sourire illumine son visage. il me serre dorénavant la main non pas avec mollesse, mais avec assurance, confiance et force. Il n’a plus le regard qui tue : ce sont des yeux remplis de respect qui croisent les miens.

C’est là que je vois le privilège de mes interventions et de mon métier, exigeant mais passionnant : lorsque je vois mes joueurs démontrer, sur et hors-glace, dans le meilleur comme le pire des moments, le meilleur d’eux-mêmes.

 
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