DES MIDGET ESPOIR PAS COMME LES AUTRES
Ce qui est passionnant dans mon métier, c’est de découvrir à quel point les joueurs de hockey peuvent m’en faire voir de toutes les couleurs, positivement et négativement, alors que la saison commence à peine à battre son plein. Cette saison, je suis servie à souhait dans ce domaine. Je dois admettre que le calibre midget espoir (15 ans) est l’un des niveaux les plus stimulants mais aussi l’un des plus exigeants qui soient. Non pas que les autres calibres soient pires, loin de là : j’éprouve le même sentiment de bien travailler avec des pee-wee, bantam, midget AAA ou junior-majeur. Mais le midget espoir retient toujours l’attention pour plusieurs raisons : c’est un sport-études bref mais intense, un style de jeu des plus palpitants, le match de rêve des amateurs de hockey contact, et, au risque de déplaire à certains entraîneurs, des joueurs qui, malgré tout, ont généralement la soif d’apprendre. Cette année, j’ai la chance d’en côtoyer quelques-uns, dont une équipe entière. Non seulement ces joueurs doivent-ils assimiler une discipline académique et sportive, mais une grande constatation me saisit dès le départ : les 15 ans que j’ai devant moi en 2008 ne sont pas du tout comme ceux de l’an passé : d’une race pure, passionnée et mature, me voilà plongée en 2008 dans un univers un peu plus jeune, avec des joueurs très talentueux, mais fanfarons, avec une énergie mal calibrée. Comme d’habitude, malgré ces petits défauts, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. En dix ans de travail intense auprès de plus de 800 athlètes, je ne me rappelle pas avoir autant travaillé avec et pour des joueurs. Le midget espoir qui m’est offert cette année cache des défis de taille : des profils énigmatiques, durs à cibler (sauf quelques rares exceptions), des gars introvertis, réservés, discrets, qui ne baissent pas leur garde et qui ne veulent surtout pas se confier à n’importe qui. Il y a un malaise interne, mais personne ne parle. L’équipe subit le coup et s’enlise doucement devant nous. Comme d’habitude, malgré la colère, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. Le personnel d’entraîneurs qui les encadre est hautement qualifié et compétent. Aucun doute là -dessus. Et pourtant, je remue ciel et terre dans mes discours de vestiaires, dans mes évaluations, dans l’aspect technique et psychologique de chacun des joueurs, afin de trouver ce qui manque à cette équipe, si près d’être récompensée dans leurs efforts. Comme d’habitude, malgré la défaite, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. Finalement, après une longue période d’inertie psychologique, je me suis demandé ce qui n’allait pas. Était-ce moi qui n’étais pas qualifiée pour ce type d’équipe? Les midget espoir sont-ils si complexes? Veulent-ils ma peau ou celle de leurs entraîneurs? La pression est-elle trop forte? Comme d’habitude, malgré l’injustice, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. J’ai eu ma réponse principalement de l’entraîneur-chef, qui a su m’éclairer en toute connaissance de cause : ils vont apprendre en temps et lieu, les jeux, les stratégies, les aptitudes mentales, tout cela va finir par marcher. C’est à force de le faire, de l’assimiler graduellement, que tout va finir par fonctionner. Comme d’habitude, malgré l’inquiétude, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. J’ai alors compris quelque chose de très important : mes joueurs midget espoir de cette année ne sont pas en train d’apprendre, ils sont en train d’apprendre à apprendre.
D’une part, nos joueurs nous poussent à chercher plus loin, à dépasser nos limites d’enseignement technique, physique et mental. Grâce à eux (et à cause d’eux!), nous passons par toute la gamme des émotions, nous sortons vidés de chaque pratique ou partie. Nous haïssons ce qu’ils font (et non qui ils sont) une seconde et nous sommes fiers d’eux l’instant d’après. Comme d’habitude, malgré tout, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. D’une autre part, les joueurs ont appris une chose : notre dévouement, notre attachement et notre engagement envers eux est sans limite, sincère et sans détour. Et comme d’habitude, malgré l’émotion vive, ils sortent de la patinoire et se tiennent les uns aux autres. Non, mes midget espoir de cette année ne sont pas comme les autres. Pas mieux, pas pires, juste pas comme les autres. Finalement, toute l’organisation va apprendre grandement cette année sur un point : quelquefois, il peut être difficile d’apprendre aux joueurs. On peut seulement les aider à découvrir qu’ils possèdent déjà en eux tout ce qui doit être appris et développé.
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